Comme, la chaleur aidant, j'ai repris un peu trop de thé glacé,  les insomnies concomitantes à l'ingestion de ce doux breuvage n'ont pas tardé à se présenter

Je trouve que la nuit est un doux moment, propice à plein exercer plein d'activités que, par manque de temps ou par étourderie, j'ai zappé dans la journée, bien que, d'emblée, il faille que j'en oublie certaines, passé 22 heures, comme aller faire les courses, profiter des soldes, prendre un bain de soleil, pour cause d'étroitesse d'esprit des vendeurs, des caissières et de l'astre de nos jours

Et qu'il faille aussi que j'oublie des activités ancillaires telles le lavage de la vaisselle, le passage de l'aspirateur, le dépoussiérage des plafonds de chambre ainsi que les activités ludiques telles l'écoute d'un concert des Tambours du Bronx, ou le sulfatage de martiens sur la WII pour cause d'étroitesse d'esprit de la gent masculine sise en mon domiciladoré

...  Je dois me décider pour des travaux n'engendrant que peu de nuisances sonores, et de mouvement, du genre -quel hasard me direz-vous- la broderie ou le tricot ou encore une autre que je nommerai pas encore, pour cause d'étroitesse d'esprit de mon cerveau ...

Bref, ayant opté pour la première solution, la broderie, il fallu bien que je me rende à l'évidence, rapidement, que j'étais victime de l'attaque d'un Murphy-de-la-nuit, la pire espèce parce qu'on ne peut même pas gueuler un grand coup pour se soulager : je n'avais pas les fils de mon ouvrage en cours

Qu'à cela ne tienne, Etienne, je vais tricoter ... et l'est où, mon tricot? à 50 km de là ... dans une boutique que je sens bien qu'elle est pas ouverte non plus ...

Et comme c'était bêtement le jour de congé de la gouvernante, de la bonne et de la lingère (pfff le petit personnel de nos jours !), je décide de me livrer à une activité, qui, si elle est peu bruyante et digne d'être exercée noctambulement, a toutefois tendance à me rebuter profondément, et à provoquer un déni permanent dans mon esprit : le repassage

...d'autant plus nécessaire que la pile de linge à repasser, malgré mes efforts pour la tasser, commence à prendre des proportions gigantesques

Bon, allez,  on fait le plein d'eau dans la centrale, on ouvre les portes pour avoir un petit courant d'air rafraîchissant, on bâillonne la chienne qui adore courser les chats en pleine nuit, on se met en petite tenue, on allume France Musique Rire et Chansons en sourdine et roule ma poule ...

Je n'aime qu'une sorte de repassage : les dentelles, que j'adore voir s'ouvrir comme des fleurs sous les petits mouvements de la pointe du fer, bref, du travail de précision

...mais là c'est pas le cas, c'est du lourd, les jeans, les t-shirts et les bermudas (tiens, un pull, ça fait si longtemps que ça que j'ai pas repassé?)

Bref, un tour de cadran de la grande aiguille plus tard, j'ai chaud, je suis de mauvais poil, et la pile "à repasser" fait des efforts pour garder la même hauteur ...

Quand tout à coup schhhriiiiiiiiiiiiichtttt des étincelles commack qui sortent de la poignée du fer à repasser, suivies de flammes de mauvais aloi, suivies, après lâchage du fer, de coupure généralisée du courant ...

Damned, il est 4 heures du matin, il fait tout noir, la chienne couine, le fer tressaute par terre en grésillant encore un peu, je n'ai pas la moindre idée des obstacles qui peuvent se dresser sur ma route pour rallier le compteur électrique (dont je crois me souvenir qu'il est entouré de toiles d'araignées, dont je me souviens m'être dit qu'il fallait que je les enlève, mais en même temps, comme c'est dans le garage, et que c'est pas MON garage ...) je n'ai pas de briquet sur moi, les lampes tempête sont à la boutique, la lampe électrique est sur la table de nuit de Chéri-chéri, à l'étage au dessus ...

Reumeuleumeuleumeuleumeuleumeuleu...

Un quart d'heure plus tard, un orteil fracassé contre le montant de la porte de la lingerie (depuis quand il y a une porte ici?), les doigts pleins de toiles d'araignée (eurk, y'en avait vraiment beaucoup) je trouve enfin le bouton Fiat-Lux et Ô joie, les ténébres cessent ...

Bon, c'est pas de chance, vous avouerez, POUR UNE FOIS que je voulais repasser, les éléments se liguent contre moi, surtout que, bâillements aidant, je sens bien que l'envie de dormir arrive enfin ...

Re-damned, la coupure a arrêté tous les réveils de la maison, et si je veux pas avoir de la soupe à la grimace, faut que je veille jusqu'à l'heure de réveiller douzépoux et son fils préféré, qui, les sagouins, font exprès de ne pas avoir les mêmes horaires de travail

Donc me voici réduite à me finir la nuit à zapper devant  "nature, chasse et pèche", les cours politiques de l'université de Meudon, les restes d'un porno en crypté, un vieil épisode d'un policier dont je connais la fin, un film italien muet en noir et blanc et les chansons débiles de M6 ...

Si je tenais Murphy ...