salut, ça faisait longtemps, non?


une petite anecdote qui m'est arrivée pas plus tard que cette nuit


parfois je ne dors pas très bien, mais je ne m'en préoccupe pas trop, l'angoisse du manque de sommeil étant pire que le manque de sommeil lui-même


en principe, la nuit, je m'occupe (j'ai déjà raconté http://secretjardin.canalblog.com/archives/2007/07/18/5651669.html)

mais là, pas envie

donc je me lève, bien décidée à faire ce que me faisait ma maman quand j'étais petite : un verre de lait tiède, lègèrement sucré, avec un peu de fleur d'oranger


sauf que, depuis ces épisodes enfantins, j'ai développé la haine de la fleur d'oranger, peut être en ai-je trop bu
mais j'ai trouvé le palliatif qui me convient parfaitement : l'arôme de rose


me voici donc remplissant mon grand verre de bon lolo, trente secondes au micro-onde (ça, c'est le progrès, ma bonne dame, plus besoin de rincer la casserole à 3 heures du mat') un sucre, un coup de cuiller, une bonne grosse rasade de rose, et on s'en jette une généreuse lampée derrière la cravate


... euh, comment dire ... ça ne ressemble pas à ma boisson nocturne favorite ...
... je regoute, perturbée par cette découverte, mais ... kesako?
...du rhum blanc, celui dont je me sers pour la cuisine!


même bouteille, même dimensions, même bouchon, même couleur de breuvage, même placard ...
des siècles que je fais ça, jamais d'erreur!
je dubite


mais surtout je me rends compte que je viens de m'enfiler la valeur d'un petit verre de rhum à trois plombes du mat', sûrement efficace comme somnifère, mais là n'est pas mon problème majeur


... car j'entends le reveil de Chéri-chéri qui sonne (eh oui, en ce moment il fait équipe, c'est plus de son âge, le pov'chou) et la lumière de la situation dramatique dans laquelle je me trouve, se fait à mon esprit : comment faire pour expliquer à mon cher et tendre (pour qui je suis un être frappé des 4 vertus cardinales, la tempérance étant la première, prudence, force et justice étant les trois autres) que je suis debout devant le frigo, avec un verre de rhum à la main, à cette heure?


et qui plus est, même si je ne lui dis rien, l'atmosphère de la cuisine est chargée comme celle d'une distillerie (le rhum dans le lait chaud exhale ses vapeurs), et mon haleine équivaut celle d'un cow-boy au sortir du saloon, plus exactement celle du patron d'un caseyeur sortant d'un rade au retour de la marée du siècle


et là, j'ai eu le reflexe du millénaire : remplir un autre verre de lait, le mettre à chauffer, mettre de la rose, et renverser une partie de la bouteille de rhum sur le plan de travail


"c'est toi qui a touché la bouteille de rhum? parce qu'en voulant la pousser, pour prendre mon arôme de rose, le bouchon m'est venu dans la main et je l'ai renversé, c'est malin, maintenant ça sent le rhum dans la cuisine, et non je ne te fais pas de bisou, je suis en colère, du bon rhum gâché"


le tout, drapée dans ma dignité, et je passe, raide comme la justice, l'air courroucée au possible devant un héberlué qui ne pige rien au film


ouf, honneur sauvé!


mais pour l'haleine de poney du matin, je n'ai pas de solution, pourvu que je n'ai pas de visite intempestive avant le troisième bol de thé à la cannelle...